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L'énergie au XXIe siècle : Enjeux, défis et perspectives

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L’Inde, terre propice aux énergies renouvelables

21 septembre 2007, par Carole Rap - Toutes les versions de cet article : italiano / français

L’Inde est l’un de ces géants industriels en plein boom économique, où les besoins en énergie ne cessent de croître, aussi bien pour les entreprises et les transports que pour les particuliers. Le Ministère indien de l’énergie s’est d’ailleurs fixé comme objectif qu’il y ait « du courant pour tous en 2012 ». En effet, une multitude de villages ne sont pas encore raccordés au réseau électrique. De plus, les coupures d’électricité sont fréquentes.

Mais dans sa course aux moyens de production d’énergie, l’Inde doit tenir compte d’une contrainte forte : diminuer la pollution et les émissions de gaz à effets de serre (GES), qui contribuent au réchauffement de la planète. Or, dans ce pays où vit plus d’un milliard d’habitants (1,095 milliard en 2006), plus de la moitié de l’électricité produite (53,4%) provient du charbon, une source d’énergie fortement émettrice de GES. En ajoutant le gaz et le pétrole, ce sont 64,5% des capacités installées, soit 87 gigawatts sur un total de 134,7 GW, qui sont des sources d’électricité d’origine thermique. Recourir à des formes d’énergie non polluantes, renouvelables et décentralisées est donc vite apparu comme une nécessité. L’Inde a été l’un des tout premiers pays à se doter d’un Ministère ad hoc, le Ministère des Énergies Non Conventionnelles (MNES), créé en 1992. En 2006, il change de nom pour s’appeler le Ministère des Énergies Nouvelles et Renouvelables (MNRE). Destiné à promouvoir ces dernières, dont la petite hydraulique (mais non la « grande », qui elle dépend du ministère de l’énergie), le MNRE peut compter sur un potentiel immense. Parcourue par les moussons, l’Inde dispose de ressources éoliennes exploitables estimées à 45 000 mégawatts (MW). Le soleil brille 300 jours par an, ce qui favorise l’essor des chauffe-eaux solaires et celui des panneaux photovoltaïques (ces derniers permettent de transformer directement les rayons du soleil en électricité). Enfin l’agriculture reste la principale activité économique pour une grande majorité de la population, dont près des trois quart vit dans des villages. Cette situation offre de belles perspectives pour l’utilisation des déchets verts dans des unités de biomasse générant de la chaleur mais aussi de l’électricité. Le potentiel de la biomasse en Inde est ainsi estimé à 12000 MW (hors biocarburants).

En une dizaine d’années, le sous-continent s’est couvert de milliers d’éoliennes et de panneaux solaires. Au 30 juin 2007, la production d’électricité d’origine renouvelable a atteint 7,6% des capacités installées, soit 10,17 GW (hors grande hydraulique, comptabilisée à part et qui fournit 34 GW). D’ici cinq ans, 10 GW supplémentaires pourrait s’ajouter aux 10 GW existant. En effet, il est prévu d’accroître la taille du parc électrique indien de 100 GW d’ici 2012. Et le MNRE a fixé comme objectif que 10% de cette augmentation provienne des énergies renouvelables. Pour soutenir l’essor des renouvelables, le ministère a mis en place des mesures de soutien adaptées aux différentes filières. Il dispose pour cela d’un bras financier, l’Agence Indienne de Développement des Énergies Renouvelables (IREDA), organisme public qui attribue des aides pour financer divers types de projets. Par exemple des prêts bonifiés (à taux inférieurs à ceux du marché) pour l’installation de parcs éoliens ou des subventions à l’achat d’équipements en énergie solaire. Peuvent prétendre à ces aides aussi bien les utilisateurs finals (particuliers et entreprises) que les intermédiaires financiers ou publics, à l’instar des banques, des agences gouvernementales, voire certaines ONG. Pour accompagner les sociétés développant des projets éoliens, le Centre pour la Technologie Éolienne ou C-WET, bureau d’étude créé en 1998 par le MNRE, propose des données -potentiels de vent sur différents sites, modélisations de parcs- à faible prix. Les agences d’électricité des 29 Etats indiens apportent aussi leur contribution à la politique du MNRE en rachetant à des tarifs incitatifs une partie de l’électricité produite par les éoliennes. Enfin, le secteur privé est une source majeure de financement des énergies renouvelables. Ainsi, de plus en plus d’entreprises n’hésitent pas à investir dans des centrales éoliennes afin d’assurer leur approvisionnement. Certes le courant produit par les turbines n’arrive pas directement dans l’usine de l’investisseur mais celui-ci a la garantie que l’agence d’électricité locale lui en fournira la même quantité que celle qu’il aura générée.

En résumé, l’Inde joue sur de multiples leviers économiques pour accroître l’installation de sources d’énergies propres. Avec des résultats probants. Mi 2007, le sous-continent indien est le premier producteur d’Asie pour l’électricité d’origine éolienne et le quatrième mondial derrière l’Allemagne, l’Espagne et les Etats-Unis. La puissance totale des parcs éoliens a gagné 40% entre 2005 et 2006 et atteint 7092 MW fin mars 2007, dont plus de la moitié provient du Tamil Nadu. L’Inde a donné jour au cinquième fabricant mondial d’éoliennes, Suzlon. Cette entreprise détenue en majorité par la famille Tanti a fait parler d’elle début 2007 en rachetant le fabricant d’éoliennes allemand Repower au nez et à la barbe du groupe nucléaire français Areva. Actuellement, Suzlon construit l’un des plus grands parcs éoliens du monde. Situé à Dhule dans l’Etat du Maharashtra, il doit être achevé mi 2008 et sera doté d’une capacité de 1000 MW. Revers de la médaille du succès des éoliennes en Inde, « les meilleurs sites étant déjà occupés, la qualité du vent sur les terrains encore libres diminue », reconnaît Vivek Kher, le directeur de communication de Suzlon.

Côté soleil, 1,9 million de m² de panneaux solaires réchauffent l’eau utilisée par les particuliers et les entreprises. Des fours solaires installés dans des lieux de méditation ou des centres de pèlerinage, comme à Taleti, près de la ville de Mount Abu dans le Rajasthan ou à Tirupati dans l’Andhra Pradesh, permettent de cuire chaque jour des dizaines de milliers de repas à la vapeur. Ils sont composés de miroirs paraboliques renvoyant les rayons du soleil vers un récepteur où de l’eau froide est ainsi transformée en vapeur. Côté biomasse, les unités d’incinération alimentées par les résidus agricoles, les résidus de bois et la bagasse issue de l’industrie de la canne à sucre se multiplient. Leur puissance installée dépasse désormais les 750 MW.

Enfin, l’Inde est aussi l’un des plus grands bénéficiaires des projets MDP (Mécanisme de développement propre) instaurés par le Protocole de Kyoto. Le principe des MDP est en effet de permettre à des pays de l’OCDE et de l’Europe de l’Est d’investir dans des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans des pays en développement. De nombreux projets MDP sont menés en Inde et parmi eux, beaucoup sont basés sur l’utilisation d’énergies renouvelables : centrale biomasse ou éolienne, équipements solaires pour l’eau chaude ou la cuisson à la vapeur, etc.

Avec tous ces efforts, l’Inde parviendra-t-elle à doubler sa capacité installée en énergies renouvelables d’ici 2012, comme elle se l’est fixée ? Et au-delà, quelle est la probabilité que l’annonce du Ministre des énergies renouvelables se concrétise ? En effet, celui-ci avait déclaré début 2006 que 100 000 MW (soit 100 GW, c’est-à-dire dix fois plus qu’en 2007) d’électricité provenant de sources renouvelables d’ici 2050 « n’était plus un rêve mais une réalité ». La réponse dépendra en grande partie des moyens que l’Etat accordera. Or, la politique énergétique de l’Inde n’est pas toujours coordonnée, dépendant de plusieurs ministères, dont le MNRE et le Ministère de l’énergie. Les programmes d’aides peuvent être subitement stoppés ou bien modifiés dans leurs attributions. Ainsi l’aide à l’installation de modules photovoltaïques dans les villages isolés a été arrêtée (puis doucement reprise) suite à l’augmentation des prix des cellules. Dans l’éolien, les systèmes d’aides s’appliquent surtout aux investissements alors que les investisseurs privés voudraient qu’ils encouragent la production d’énergie, à l’image des crédits d’impôts sur la production en vigueur aux Etats-Unis. Le lobbying des uns et des autres pour demander plus de soutien envers telle ou telle filière va donc bon train. Réponse en 2050…


P.-S.

Complément

Voir aussi la carte : Inde : Un immeuble de New Delhi en réseau presque autosuffisant par Philippe Rekacewicz JPEG

Sitographie

Matériaux pour la cartographie

PDF - 48.8 ko
Potentiel éolien en Inde en MW par Etat
Source MNRE
PDF - 67 ko
Sources pour une carte des ressources éoliennes en Inde

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