Energie et catastrophes écologiquesit

Depuis la révolution industrielle, les ressources énergétiques représentent un rouage indispensable au bon fonctionnement de la société capitaliste. Sans carburant, impossible de faire progresser la voiture du « progrès », de la « croissance » et du « bien-être ». Mais jusqu’il y a peu, cet ingrédient n’avait jamais été évalué à la lumière de son impact environnemental. Un oubli fâcheux pour les générations futures…

13 octobre 2007, par Olivier Bailly
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Energie et soucis écologiques est un couple relativement récent. Il y a de cela une vingtaine d’années, les enjeux de l’énergie se déclinaient essentiellement en accès et contrôle des ressources. L’utilisation même de ces énergies dans la production industrielle était perçue d’un point de vue quantitatif et économique. La ‘bonne’ énergie était celle disponible en suffisance et à moindre coût. La nature était globalement perçue comme une source infinie et inépuisable.

Depuis, les limites de renouvellement de la planète, ses limites à encaisser nos modes de vie ont amené une nouvelle approche des modes de production, il s’agit de considérer les dégâts causés à la nature pour estimer la valeur de l’énergie produite. Dans cette optique, une approche économiste du développement durable évoque la préservation de trois types de capitaux : le capital économique, le capital social et le capital écologique.

Cette vision de la nature, transformée en vulgaire marchandise dont la seule valeur serait déclinée en monnaie, a cependant un avantage : elle impose le constat que la nature est impayable. Pourquoi ? Parce que les « services » rendus par la nature et leur volume sont inégalables. Des scientifiques américains ont tenté en 1991 de recréer la vie sur terre dans une coupole de verre. L’expérience qui devait durer deux ans fut écourtée et se solda par un échec cuisant. Les récoltes étaient catastrophiques, les animaux mourraient les uns après les autres, et l’oxygène se raréfiait. Les hommes démontrèrent leur incapacité à faire pour 8 personnes ce que la nature réalise pour 7 milliards.

L’environnement étant perçu comme inestimable, le couple énergie / nature développe une nouvelle relation. La nature n’est plus au service exclusif de la production énergétique. Celle-ci doit renvoyer l’ascenseur avec une attention accrue à la préservation du capital écologique. Cette approche amène deux visions des catastrophes écologiques provoquées par les besoins en ressources énergétiques.

Les premières sont les catastrophes écologiques ponctuelles, identifiables et souvent médiatisées. Tchernobyl évidemment. Le 25 avril 1986, la centrale nucléaire Lénine est le théâtre de réactions en chaîne qui entraînent l’explosion de la dalle de béton recouvrant le réacteur. 20 ans plus tard, la situation globale de radioactivité est devenue acceptable dans la région (bien que supérieure à la moyenne mondiale). La superficie des zones contaminées, qui couvre 150 000 km2, accueille environ 5 millions de personnes. Il reste toujours une zone fortement contaminée de 30 km de rayon autour du réacteur.

Lié à l’approvisionnement énergétique, les bateaux pétroliers sombrant en pleine mer laissent aussi des images choquantes de pollution. Ce sont les 40 000 tonnes de fioul qui partent en mer avec le pétrolier américain Exxon Valdez en mars 1989. 250 000 oiseaux marins succombent alors, avec en dommages collatéraux une perturbation à très long terme de la chaîne alimentaire et de l’écosystème des côtes d’Alaska. Le 12 décembre 1999, 37 000 tonnes de fioul sont déversées par l’emblématique Erika, qui s’est brisé en deux au large des côtes françaises. Les chiffres seront doublés à peine trois ans plus tard avec les 77 000 tonnes du « Prestige » répandues le long des côtes espagnoles.

Potentiellement, chaque mode de production d’énergie fait peser des risques d’accidents immédiats à l’environnement [1]. Mais au-delà de ces catastrophes ponctuelles, les catastrophes écologiques les plus marquantes se déroulent en silence, quasi indolore à l’échelle d’une vie humaine. Leurs conséquences en seront d’autant plus dramatiques. L’emploi des énergies fossiles, dont nous sommes actuellement dépendants, participe à la quasi-totalité de nos émissions de CO2. Ces ressources énergétiques contribuent donc largement au réchauffement climatique. L’énergie nucléaire abandonne en chemin des déchets radioactifs, lourd héritage pour les générations futures. Les risques de l’atome dépassent par ailleurs le cadre environnemental : le physicien suédois Hannes Alven, Prix Nobel, nomme « l’atome pacifique et l’atome militaire les « jumeaux Siamois ». Selon lui, l’activité nucléaire civile et la prolifération des armes nucléaires sont intimement liées : un « jumeau » ne pouvant pas être promu sans que l’autre ne se répande, hors de contrôle [2].

L’usage de ces énergies, majoritaires dans nos consommations, est progressivement requestionné en fonction du paramètre « environnemental » et la prise en compte des risques liés à la production. Cependant, dans cette nouvelle relation énergie/nature, deux donnes semblent inchangées : les gros consommateurs (Europe et USA) n’entendent pas modifier leur niveau de vie et sur le plan géopolitique, l’indépendance énergétique reste un ‘must’ pour n’importe quelle nation. Si la demande n’évolue pas, l’offre énergétique pourrait, elle, prendre un visage plus écologique.

Des énergies plus propres, éoliennes, photovoltaïques, hydrauliques, pourraient avantageusement remplacer progressivement les énergies fossiles et nucléaires. Parviendront-elles à cesser les catastrophes écologiques liées à l’approvisionnement d’énergie ? Elles semblent les mieux placées pour y parvenir…


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Olivier Bailly

Olivier Bailly

Journaliste. Collaborateur du site belge Info-Durable (français, néerlandais), notamment consacré au développement durable. Prix “Milieu Média” 2005 (Belgique) pour la série d’articles sur la catastrophe de Bhopal, 20 ans plus tard. Voir O. BAILLY, Bhopal, l’infinie catastrophe, “Le Monde diplomatique”, décembre 2004, pp. 18-19. Parmi ses publications Articles O. BAILLY, J.M. CAUDRON, D. LAMBERT, Ikea en Inde, un emploi démontable, “Le Monde diplomatique”, décembre 2006, pages 20-21. O. BAILLY, J.M. (...)


Notes

[1] Nous n’évoquons pas ici les risques de pertes humaines, notamment lié à l’extraction de matières premières.

[2] C. Abbott, P. Rogers, J. Sloboda, Global Responses to Global Threats. Sustainable Security for the 21st century, Oxford Research Group, juin 2006.

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