Au Moyen-âge, l’énergie se résumait à un unique combustible, le bois. D’ailleurs, il servait à tout faire : les outils, les navires, les charrettes, les tonneaux pour le vin, les presses à raisin, se chauffer, répondre aux besoins de l’artisanat… La suprématie du bois a duré longtemps. Même si le charbon était connu de longue date, son développement est récent. Bien sûr, au Moyen-âge, déjà, certains en connaissaient l’usage. Au 13ème siècle, à Londres, à cause d’une forte tension sur le bois de chauffage, les classes les plus pauvres se chauffaient déjà avec un mauvais charbon. Mais dès le 17ème siècle, avec de multiples progrès dans le domaine de son extraction, le charbon surpasse le bois.
À la fin du 19ème siècle, une nouvelle source d’énergie apparaît, le pétrole. On en connaissait l’emploi qui remonte avant l’ère chrétienne, mais c’était anecdotique. C’est en 1859 que la carrière du pétrole commence vraiment, lorsque le « colonel » Edwin Drake effectue en Pennsylvanie le premier forage commercial. Très vite deux noms de famille deviennent associés à l’histoire du pétrole. La famille Rockefeller qui rachète des puits et raffine le brut pour le compte de la Standard Oil et la branche française de la famille Rothschild liée au milieu bancaire. Il ne s’agit pas ici de conter l’histoire de ces familles, mais de faire remarquer que ces noms nous sont encore familiers et de mentionner que l’histoire du pétrole s’est jouée entre les mains de quelques personnes ou grands groupes. Ce principe influencera l’ensemble de l’économie des énergies fossiles. Cette concentration se retrouve dans le cartel des sept sœurs, ces 7 entreprises pétrolières qui jusqu’à l’arrivée de l’OPEP ont tenu le marché pétrolier mondial. En 1949, Exxon, Chevron, Mobil, Gulf, Texaco, BP et Shell possédaient les 4/5ème des réserves en dehors des USA et de l’URSS et contrôlaient les 9/10ème de la production, les 3/4 des capacités de raffinage, les 2/3 des tankers et à peu près tous les pipelines.
Jusqu’à la révolution industrielle, on peut dire que la consommation mondiale d’énergie était faible, stable et basée sur des sources toutes renouvelables : le bois, le vent et l’eau, notamment via les moulins à vent et leurs homologues à eau. Le développement massif des modes de productions industrielles, puis les changements de modes de vie et de consommation ont remis en cause cet état de fait. Aujourd’hui, toutes nos actions quotidiennes sont basées sur la grande disponibilité d’une énergie bon marché, pour laquelle nous ne nous posons que trop rarement la question de l’origine.
Comme mentionné précédemment, via l’énergie, nous sommes dans un monde de concentration. Le pétrole est réparti de façon inégale sur la planète, 60% des réserves se trouvent au même endroit, le Moyen-Orient. Le reste, les 40%, sont dans une petite poignée d’autres nations. Le marché du pétrole est entre les mains d’un petit nombre d’acteurs, cela s’explique en partie par l’ampleur des investissements à faire pour le chercher, l’extraire, le transporter, le raffiner, le distribuer… Ce système monopolistique se retrouve pour la production de l’énergie qui se fait avec des centrales thermiques de très forte puissance, des réseaux de distribution en étoile… Le pétrole a marqué le monde de l’énergie et on retrouve ce système oligopolistique pour le gaz, le charbon et le nucléaire.
Le pétrole a marqué notre monde, car c’est une énergie fabuleuse. Elle est liquide : elle se transporte et se stocke facilement. Elle se transforme en énergie mécanique ou électrique. C’est une énergie flexible, et c’est pourquoi nous avons du mal à nous en défaire. C’est aussi une molécule exceptionnelle pour la chimie. Mais elle vient à manquer. Cela n’a plus de sens de brûler cette molécule de qualité pour faire de l’eau chaude sanitaire, alors que cette eau peut être chauffée avec le soleil. Cela n’a plus de sens de brûler cette molécule de qualité pour chauffer une maison individuelle, alors qu’on peut le faire avec de nouvelles technologies liées au bois.
Malgré les problèmes environnementaux liés à la production de l’énergie, l’immense réservoir des économies d’énergie et le potentiel des énergies propres, la demande mondiale en watts continue de croître à un rythme de 2% par an. Aujourd’hui, le principal défi du système énergétique mondial est logistique, il consiste à assurer l’approvisionnement continu du monde entier en pétrole, en gaz et en uranium à partir de seulement quelques lieux et pays d’extraction tout en utilisant d’importants réseaux de transport. Quels sont les écueils qui pourraient nous pousser à remettre en cause notre modèle énergétique centralisé et vulnérable ?
Il y en a au moins trois.
Les trois grands enjeux énergétiques de ce début de 21ème siècle
- La limitation de la ressource
Selon certains experts, toutes les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) nous offrent 260 GigaTEP (milliards de tonnes d’équivalent pétrole) de ressource, soit, au rythme actuel de la croissance de la consommation mondiale en énergie, 50 ans de consommation. Pour d’autres experts, si on ajoute à ce potentiel les ressources dites ultimes (comme les sables bitumineux, dont on peut extraire du pétrole à des coûts élevés), nous aurions environ 115 ans de réserves devant nous. La réalité se situe entre ces deux chiffres, soit entre 60 et 70 ans de réserves fossiles, et ce, si nous ne changeons rien à notre façon de les consommer. En fait, une seule chose serait peut-être certaine : l’ère du pétrole bon marché est derrière nous ? [1]
- Le contexte géopolitique
Les hydrocarbures semblent pousser des pays dominateurs, qui ne veulent pas changer leur mode de vie, à mener des guerres de conquête, dans le seul but de s’assurer la disponibilité de cette ressource à des prix acceptables. La guerre d’Irak en est un exemple. C’est dans ce pays que l’on trouve aujourd’hui les plus importantes ressources mondiales de pétrole ; le brut y est facilement accessible et de très bonne qualité. Avec le prétexte de la question nucléaire ou du financement du terrorisme, d’autres pays comme l’Iran et l’Arabie Saoudite pourraient suivre le chemin de l’Irak.
Certains peuples parmi les plus pauvres de la planète risquent d’être affectés par les changements climatiques. Ainsi, la montée progressive des océans pourrait inonder une partie du Bangladesh. Des précipitations trop fortes ou des sécheresses trop intenses obligeront des peuples à migrer. Ces mouvements de populations, encore appelés les guerres des pauvres, ne se feront pas sans conséquence. L’ONU a chiffré ces migrations pour causes environnementales à 110 millions de personnes en 2010.
À ces guerres risquent de s’ajouter des luttes économiques qui opposeront l’Europe, la Chine et les Etats-Unis. Ces conflits n’engendreront non pas des guerres, mais de la misère.
- Les raisons environnementales
Le réchauffement climatique semble entraîner une hausse moyenne des températures de quelque 5 degrés à la fin du siècle, voire de 8 degrés si le permafrost fond. La conséquence de cette hausse ne seait pas un simple ajustement vestimentaire : ce ne serait pas un peu plus de plage l’été et moins de chauffage l’hiver. Nous entrerions dans une autre ère climatique. À titre de comparaison, il y a 20 000 ans, avec 5 degrés de moins, l’océan était 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui et la Manche se traversait à pied. Ces chiffres peuvent éventuellement être discutés par certains spécialistes, mais aucun ne remet en cause le principe de ces constatations.
Il ne s’agit pas ici d’être alarmiste, mais de comprendre les enjeux avec réalisme. Si nous ne faisons rien pour réduire et repenser nos besoins énergétiques, nous risquons de payer notre paresse au prix fort. Et cela uniquement parce que nous aurons eu la faiblesse de ne pas faire assez tôt certains investissements nécessaires ou eu le courage de faire évoluer nos modes de vie. N’est-ce pas d’autant plus dommage que nombre de solutions sont à portée de main ? [2]
Les solutions existent
En France, les rejets de CO2 se répartissent comme suit : les transports 28%, l’habitat résidentiel et tertiaire 24% et l’industrie 20%. En France toujours, en 2002, le secteur du logement (bureau compris) a consommé 43,4% de l’énergie. Les autres secteurs sont l’industrie 23,3%, l’agriculture 1,9% et les transports 31,4%.
Du fait de l’augmentation des contraintes environnementales, le secteur industriel a, au fil des dernières années, beaucoup réduit ses rejets et ses consommations énergétiques et n’est plus le secteur le plus polluant. Aujourd’hui, c’est surtout au niveau du comportement individuel que le gros du travail reste à faire.
Chacun d’entre nous émet du CO2 et des polluants selon quatre grands types de besoins : l’habitat, les transports, l’alimentation et les déchets. Pour chacun de ces secteurs, il est possible de fortement réduire la dépendance en énergie et donc les rejets qui y sont liés [3].
Passons en revue ces 4 secteurs.
- L’habitat
En France, le parc immobilier consomme en moyenne 220 kWh/m2/an pour ses besoins en chauffage et en eau chaude sanitaire. Un bâtiment neuf exige environ 100 kWh/m2/an. Un logement ancien et mal isolé requiert dans les 400 kWh/m2/an. Pour progresser, il faut durcir les réglementations thermiques, notamment en matière de logements neufs. En Allemagne, on construit désormais des bâtiments dits passifs qui consomment 15 kWh/m2/an, mais aussi des bâtiments à énergie positive qui produisent en moyenne annuelle plus d’énergie qu’ils n’en consomment.
En matière de rénovation, il faut impérativement isoler le parc immobilier existant. En France, de nombreux rapports parlementaires évoquent la nécessité de ramener la consommation de ce parc à 50 kWh/m2/an. Le cabinet français Enertech, spécialiste de ces thèmes, a remarqué que chaque année, plus de 400 000 logements changent de main et qu’il faudrait profiter des ventes pour les remettre en état. La rénovation complète du parc immobilier français existant est possible, elle prendrait environ 20 ans en occupant 100 000 personnes.
En Angleterre, l’architecte Bill Dunster est, avec d’autres, à l’origine de la construction des bâtiments collectifs dits de BedZED (Beddington Zero Energy Development). Ce bâti très économe en énergie fonctionne sans jamais recourir aux énergies fossiles. Ce même architecte a développé le projet ‘Flower Tower’, une tour 100% autonome en énergie et qui fonctionne uniquement grâce aux énergies renouvelables. [4]
- Les transports
Les solutions innovantes pour rendre les transports de personnes et de marchandises moins gourmands en énergie sont connues : développer les transports en commun, passer du transport routier au mode ferré, fluvial, interdire la voiture en ville, revenir aux fabrications locales…
La Confédération helvétique constitue un bon exemple en matière de transport de personnes comme de fret. Ainsi, dans le domaine du transport de marchandises : 60 % des lettres et colis suisses sont transportés par le rail, contre 0,5% pour les lettres en France. Les changements dans ce domaine relèvent-ils plus que d’autres de la volonté politique ? Certainement, mais le secteur privé a aussi son rôle à jouer en matière d’exemplarité et de déplacements. Et c’est possible. À Londres, la tour de 40 étages appelée Gherkin, inaugurée en 2004, construite par l’architecte Norman Foster est la propriété de la Swiss Re, la plus importante entreprise mondiale en matière de réassurance. Ce gratte-ciel est une vitrine architecturale (le suivi énergétique devra le prouver, mais cette tour devrait être très économe en énergie, donc peu chère à gérer). Elle a été construite non loin d’une station de métro et quelque 4000 personnes y travaillent. Cette tour ne comprend qu’un seul niveau de parking, essentiellement dédié aux livraisons et non aux voitures particulières des employés ! Elle comprend trois fois plus de places vélos que la normale et des douches sont à disposition des employés cyclistes !
Repenser les transports, c’est aussi revenir à des solutions simples en matière de logistique. La livraison de colis de porte à porte aux entreprises comme aux particuliers coûte cher et est consommatrice de transports (les gens sont absents, il faut revenir, aller de porte à porte est long et cher). Les logisticiens parlent avec effroi du ‘coût du dernier kilomètre’. Pour y remédier, il y a les exemples de distributions centralisés suivants : les sites Post24 et Tower24. [5].
Venise est l’exemple même de la ville sans voiture. Les livraisons se font beaucoup à pied, les bateaux ne vont pas au pied de chaque maison et c’est accepté, car c’est Venise. On pourrait faire la même chose dans une autre ville. Le camion pourrait se garer à 900 m des bureaux à livrer, le chauffeur pourrait faire tout à pied…
- L’alimentation
Dans ce domaine, les rejets de CO2 de chacun d’entre nous se font en fonction de ce que nous achetons et d’où ces produits viennent. Lors de sa sortie au cours des années 90, le livre Facteur 4 avait frappé l’opinion en montrant combien notre mode de vie est énergétivore. Dans le domaine alimentaire, l’exemple du pot de yaourt aux fraises avait frappé les esprits. En effet, selon une étude de l’Institut de Wuppertal, ses ingrédients et son pot en verre totalisent au bas mot 3500 Km de transports avant d’arriver sur la table du consommateur [6]. Cet ouvrage soulignait aussi que nos habitudes pouvaient aisément devenir moins gourmandes en énergie. Pourquoi continuer à consommer du jus d’orange fait à partir de fruits importés, alors que le jus de cassis contient plus de vitamines et est de production locale ? [7]
Et si viande il doit y avoir, il n’est pas négligeable de souligner que la viande blanche est préférable à la viande rouge, car le régime alimentaire des volailles n’émet pas de méthane et est le moins énergétivore. Produire un kg de viande de veau engendre la production de presque 14 kg de CO2, presque 4 kg de CO2 pour un kg de viande de bœuf, 1 kg pour le porc et 0,3 kg pour la volaille. Manger 200g de veau est équivalent à faire 50 km en voiture, le veau est donc l’aliment le pire pour ce qui est du carbone et du contenu énergétique (animaux nourris avec de l’ensilage de maïs, des céréales et du tourteau de soja souvent brésilien). Pourquoi le poulet constitue-t-il la viande la moins énergétivore ? C’est un animal qui se consomme jeune et qui (même lorsqu’il est élevé en plein air) accepte une bonne densité au sol. En comparaison, un boeuf peut être conservé deux ans avant d’être consommé.
La viande représente de 70% à 75 % du contenu en carbone de toute notre alimentation. Pour nous en sortir face au réchauffement climatique, il ne suffira pas d’isoler les maisons, il nous faudra aussi revoir de fond en combles notre alimentation, réduire de façon drastique nos consommations de viande et manger plus de légumes. Pendant des siècles, notre alimentation était végétale et complétée de temps à autre avec de la viande, du poisson ou des produits laitiers. Cette donne a été complètement inversée. Notre consommation de viande a été multipliée par 4 en moins d’un siècle. C’est évident lorsque nous mangeons au restaurant : la viande constitue l’élément central des plats, elle est entourée de quelques légumes. Ce changement est dans notre intérêt : nous savons que manger trop de viande est néfaste à notre santé.
Deux autres séries de chiffres sur l’agriculture :
- Le livre Facteur 4 rappelle aussi que « L’agriculture mécanisée, grosse consommatrice d’énergie, d’engrais et de pesticides a besoin, pour nourrir une personne, de 4,5 ha pour un régime à base de viande, et de 1 ha pour un régime végétarien. » En somme, avoir un régime alimentaire peu carné, voire végétarien, est moins consommateur d’espace rural et permet de nourrir plus de monde.
- En fait, l’agriculture est globalement très consommatrice d’énergie. Bien plus que ce nous avons dit plus haut, notamment lorsque l’on décortique le poste transport et que l’on réimpute à l’agriculture ce qui lui revient. Résultat : 30% des transports français de marchandises se font pour le compte de l’agriculture et de l’alimentation. Au niveau de l’énergie, citons aussi la chaîne du froid (chambres froides industrielles, congélateurs de grandes surfaces et des particuliers…) qui est le premier secteur de consommation d’électricité en France hors chauffage.
L’agriculture biologique et de proximité est bien moins énergétivore que l’agriculture classique. La charge en CO2 de l’alimentation est très nette au Royaume-Uni, un pays qui a perdu nombre de ses exploitations agricoles. Il y a quelques décennies, l’Angleterre comptait 186 000 acres de vergers. Ce chiffre est tombé à 44 000 acres. Aujourd’hui, on dit que le Royaume-Uni importe environ 80% de ses fruits et légumes de la péninsule Ibérique. Pour faciliter dans les pays occidentaux le retour à une agriculture locale, des schémas volontaristes peuvent être développés comme les Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), les Jardins de Cocagne ou le retour des jardins ouvriers, encore appelés jardins partagés [8]. Des bâtiments construits récemment, comme le site londonien de BedZED, comprennent un jardin potager pour chaque habitant.
- Les déchets
Ces rejets sont la résultante des questions suivantes : combien de déchets est-ce que je produis, qu’est-ce que j’en fais, est-ce que je les trie, les composte… ? En la matière, les industriels et les politiques ont aussi un rôle important à jouer. Il y a quelques années, la consigne des bouteilles de verre et de plastique est redevenue obligatoire en Allemagne. Cette consigne est d’autant plus possible que les trajets nécessaires pour ramener les bouteilles vers les lieux de leur réutilisation sont courts. L’Allemagne compte de nombreux demi-grossistes en boissons. Ce n’est pas le cas de la France. L’Hexagone privilégie la récupération du verre brisé via des conteneurs placés sur la voie publique. Or, ce verre brisé est une matière première qui a ses cours et qui s’exporte aux quatre coins de l’Europe. Le modèle français est à repenser, il est loin des structures locales à l’allemande ! Au Danemark, tous les brasseurs ont accepté de disposer des mêmes types de bouteilles, qu’ils personnalisent uniquement par l’étiquette et la capsule. Ils peuvent ainsi récupérer les bouteilles d’autres fabricants et les intégrer sans conséquence à leur propre production.
Dans un autre domaine assez négligé : l’utilisation des chasse d’eau crée aujourd’hui plus de problèmes qu’elle n’en résout. Les 1,5 l d’urine et 0,15 l de matière fécale produits par personne et par jour se transforment en un volume 30 fois supérieur d’eaux usées qu’il faut ensuite traiter à des coûts très élevés [9].
L’Ecosse ou l’exemple d’un engagement marqué
Au début des années 80, l’Ecosse n’a pas cru au développement de l’éolien terrestre. Entre temps, les Danois (et dans une moindre mesure les Allemands) sont devenus les leaders mondiaux de ce secteur. Avec une production de pétrole et de gaz en déclin, l’Ecosse entend cette fois ne pas manquer le développement des énergies marines et maritimes, c’est-à-dire de l’éolien off-shore (qui est différent de l’éolien terrestre) et de l’énergie des vagues et marées. Ce pays possède 25 % du potentiel éolien européen et parmi les meilleurs sites pour les énergies marines.
Aujourd’hui, le savoir-faire énergétique écossais est lié à l’industrie pétrolière. La technologie des forages va aider l’éolien off-shore à s’installer en haute mer. En 2006, à 23 Km des côtes, dans le cadre du programme européen Downvind (Distant off-shore windfarms with no visual impact in deepwater), non loin de la plate-forme pétrolière Béatrice, une première turbine de 5 MW a été installée en eau profonde. La deuxième le sera prochainement [10]. Ces deux éoliennes géantes fourniront de l’énergie aux plateformes pétrolières. Si ces mises en service sont un succès, d’autres suivront. À terme, des zones pétrolières équipées en éoliennes et en machines à vagues (voir plus loin) renverront à terre tout ou partie de leur importante production électrique. En somme, même si les puits gaziers et pétroliers écossais s’épuisent, les sites de forage resteront producteur d’énergie.
L’Ecosse teste aussi des hydroliennes, ces éoliennes placées sous l’eau et qui fonctionnent grâce aux courants marins. Quant aux machines à vagues, ces serpents de mer qui transforment les oscillations des vagues en courant, on en compte plusieurs connectées au réseau électrique écossais. L’une d’elles, le Pelamis, qui produit 750 kW, a été vendue à plusieurs exemplaires aux autorités portugaises [11]. Un autre type de machine à vagues que le Pelamis est développé sur l’île d’Islay [12], une île de l’ouest de l’Ecosse quii entend s’approvisionner 100% avec des énergies renouvelables, ce qui sera un avantage notamment pour ses distilleries de whisky de renommée mondiale.
L’Ecosse commence donc à exporter des technologies auxquelles elle croit : en 2010, elle entend produire 18% et en 2020, 40% de son énergie à partir de sources propres.
Le modèle suédois
En février 2006, la Suède a annoncé qu’elle serait en 2020, le premier pays sans pétrole [13]. Une commission nommée par le gouvernement et baptisée ‘la commission contre la dépendance pétrolière’ a entendu des experts et rendu son rapport. Ce choix est possible. En 2020, la Suède fonctionnera sans pétrole, transports compris. Elle continuera à utiliser la biomasse ( c’est-à-dire le bois, les déchets végétaux pour produire du biogaz… ) et développera, voire importera, des biocarburants. Elle développera la fiscalité sur l’énergie, les péages urbains, les économies d’énergie… Ce choix du sans pétrole est aussi lié en 2010 à la fin du nucléaire, votée par référendum en 1980.
L’énergie solaire et l’industrie
Pour certains besoins industriels, il est souvent nécessaire d’atteindre des hautes températures. On obtient plus de 1200 degrés dans des fours à bois bien spécifiques, mais des températures supérieures peuvent aussi s’obtenir en brûlant du biogaz, qui a des qualités similaires au gaz naturel, et surtout grâce aux techniques solaires dites à concentration. Deux de ces techniques ont été développées dans les années 70 notamment en France dans les Pyrénées : sur le site d’Odeillo, le four solaire de 1000 KW et à quelque 10 kilomètres de là, à Targassonne, la centrale Themis à concentration de 2,5 MW (ces deux sites mis en sommeil au milieu des années 80 ont failli être détruits, mais semblent retrouver un certain intérêt). Ces techniques sont aujourd’hui activement développées aux Etats-Unis et Espagne. Ces hautes températures s’obtiennent, soit avec la technique de la centrale solaire qui concentre l’intensité de rayonnement de multiples réflecteurs solaires en un point, soit avec des panneaux semi-circulaires ou sous forme de lentille au creux desquels circulent un liquide apte à monter en température [14].
Le combat entre deux mondes
L’Allemagne est un pays en pointe dans nombre de ces domaines énergétiques et environnementaux, et ce pour diverses raisons autant liées à ses structures fédérales qu’à l’ampleur qu’y ont eu les mouvements antinucléaires. Outre-Rhin, le secteur des énergies propres présente déjà de nombreux avantages :
- dans le domaine de l’emploi : depuis l’an 2000, 170 000 emplois ont été créés dans le secteur de l’énergie ;
- dans le domaine de l’exportation : 80% des panneaux solaires thermiques installés en France sont ‘made in Germany’.
- En 2007, de grosses unités de production de panneaux solaires photovoltaïques vont ouvrir dans l’est de l’Allemagne, où se trouvent déjà d’importantes unités de fabrication autour de la ville de Freiberg. En 2007, l’une des régions du monde qui sera le plus gros producteur d’énergie PV sera l’ex-RDA.
Néanmoins, tout est loin d’être parfait outre-Rhin. L’Allemagne consomme encore beaucoup de charbon extrait de ses propres mines. Cette question est symbolique d’un combat entre deux mondes énergétiques : l’ancien, lié à des habitudes et des lobbies politique et industriel encore bien en place et le nouveau, tourné vers le développement des énergies renouvelables. Le potentiel de ces dernières est gigantesque. Des études ont montré que le Land de la Bavière ou encore l’Allemagne, pourraient fonctionner uniquement aux énergies renouvelables [15].
Les contrastes
En Europe, les pays les plus dynamiques en matière d’énergies renouvelables ne sont pas toujours ceux que l’on attend. La Suède et l’Autriche sont leader dans le domaine de la biomasse. L’Autriche, la Grèce et l’Allemagne dans celui du solaire thermique. Et l’Italie ? Il y a 80 fois plus de panneaux solaires thermiques en Grèce qu’en Italie ? Il n’y a pas 80 fois moins de soleil en Italie qu’en Grèce ! Ce ne sont pas des raisons économiques qui font la différence, le revenu grec moyen est plus faible que le revenu italien. Dans un même ordre d’idée, il y a 80 fois plus d’éoliennes en Allemagne qu’en France, alors que la France a un meilleur potentiel éolien que l’Allemagne.
Et l’Australie ? Un pays immense et très ensoleillé : presque 8 millions de km2 et 20 millions d’habitants. Un rêve pour tout développeur des techniques solaires et renouvelables. L’Australie parle d’avoir des centrales nucléaires et est le premier producteur mondial de charbon. Elle refuse de signer les accords de Kyoto pour préserver ses ventes mondiales de charbon.
Ces constatations sont donc pleines de contradictions. Pourquoi est-ce que quelque chose se passe dans un pays et pas dans un autre ? Pourquoi est-ce que les renouvelables se développent ici et sont encore une terra incognita là ? Est-ce le cadre législatif du pays qui définit les choses ? En fait, les pays fédéraux sont en avance, car ils permettent des politiques régionales et communales favorables aux énergies renouvelables. La France, pays très centralisé, est le meilleur contre-exemple et reste le champion mondial du nucléaire. Centralisation et nucléaire vont-ils de paire ?
On pourrait se demander pourquoi la Grèce ne va pas plus loin dans son développement du solaire thermique ? En Grèce, c’est une entreprise nationale qui a le monopole en matière d’énergie. Pourquoi l’Italie ne développe-t-elle pas son solaire thermique ? C’est aussi une entreprise nationale, ENEL, qui a le monopole en matière d’énergie. La même remarque porte pour la France avec EDF.
Notre système énergétique classique touche à sa fin, car il est fondé sur le principe d’une disponibilité sans limite de l’énergie et sans autonomie. L’avenir devra mettre en place un système autonome, décentralisé qui gèrera et stockera des ressources finies. Ces ressources sont essentiellement locales. Les ménages et les industriels peuvent prendre en main leur avenir énergétique et il y a une demande pour cela. C’est très clair en Amérique du Nord suite aux grandes pannes de courant qui ont eu lieu ces dernières années.
Pour développer les énergies renouvelables et aller vers un autre monde énergétique, n’y a-t-il pas surtout des barrières structurelles, politiques et psychologiques bien plus que techniques, à faire sauter ?



