Les énergies renouvelables se développent dans le monde entier. Dans certains pays industrialisés, comme l’Allemagne, une partie non négligeable de l’économie commence à se tourner vers la fabrication des techniques nécessaires au développement de ces énergies propres. En fait, ce secteur technologique à forte valeur ajoutée est un acteur à part entière des échanges internationaux.
Le secteur des énergies renouvelables est aujourd’hui un acteur économique mondial. C’est particulièrement visible avec le solaire photovoltaïque (conversion de la lumière en électricité). Si en théorie, on aimerait que ces panneaux soient de fabrication régionale pour une utilisation locale, il s’avère que leur fabrication relève de procédés industriels complexes qui, pour des raisons de coûts de fabrication et de savoir-faire industriel, se réalisent aux quatre coins de la planète. On retrouve donc dans ce secteur les mêmes interactions internationales qu’ailleurs, comme le montrent les trois exemples [1] qui suivent :
- L’entreprise française Tenesol, implantée en région Rhône-Alpes et à Toulouse, fait fabriquer une bonne partie de sa production en Afrique du Sud.
- La firme allemande Q-Cells, deuxième fabricant mondial de cellules photovoltaïque (PV), fabrique en Allemagne et exporte ses produits dans 12 pays du monde. Ses trois plus gros marchés sont le Japon, le Mexique et le Canada.
- L’entreprise norvégienne REC (Renewable Energy Corporation) est un autre grand acteur mondial du photovoltaïque. Elle livre une partie de sa production au japonais Mitsubishi ; elle possède aussi 75% des parts de la firme américaine Advanced Silicon Materials LLC.
Parmi les entreprises qui travaillent à un niveau de fabrication plus local, citons deux exemples [2] :
- Le fabricant chinois Suntech Power importe quelques composants du Japon et d’Autriche, mais le gros de sa production est réellement “made in China”.
- La marque allemande Solon, basée à Berlin, fait du “made in Europe” et revend ses panneaux dans son propre pays où la demande mondiale est la plus forte.
Dans quel pays trouve-t-on aujourd’hui la plus forte concentration d’usines de fabrication de panneaux photovoltaïques ? Il ne s’agit pas d’un pays du tiers-monde ou d’une vaste zone franche asiatique, il s’agit de l’ex- Allemagne de l’Est. Les entreprises qui y sont implantées comptent parmi les plus importantes du monde dans ce secteur, ainsi Q-Cells, Conergy, Solarworld, etc. L’engagement allemand en matière d’énergie photovoltaïque dynamise l’économie locale. En décembre 2009, à Brandis, la piste aérienne d’une ancienne base militaire est-allemande, accueillera la plus grande centrale photovoltaïque du monde. D’une puissance de 40 MW (Megawatt), elle battra le record de la centrale d’Arnsteim, en Bavière, qui développe 12 MW. Ce Land de la Bavière, qui a un niveau de vie plus élevé que les régions orientales de l’Allemagne, détient un record inattendu [3]. En 2005, on y a installé pour des particuliers, des agriculteurs, ou des entreprises, 289 MW de PV, loin devant les deux marchés mondiaux les plus porteurs, le Japon (290 MW) et les Etats-Unis (100 MW). Cela signifie qu’une installation PV allemande sur deux est bavaroise et qu’une installation PV mondiale sur quatre est destinée à ce Land.
Ce dynamisme allemand est soutenu par un contexte législatif favorable au développement des énergies renouvelables (ER). Dans un tel contexte, il n’est donc pas étonnant qu’en Allemagne [4] le chiffre d’affaires (CA) du secteur des énergies propres ait augmenté en 2006 de 19% par rapport à l’année précédente. Pour 2007, la branche renouvelable devrait avoir un CA de 32 milliards d’euros, soit 17% de plus qu’en 2006. À l’inverse des énergies centralisées (production tirée des énergies fossiles et nucléaires), les sources renouvelables nécessitent des emplois locaux non délocalisables, le développement des renouvelables a toujours des retombées régionales qui se ressent sur le marché de l’emploi. Dans une ville pilote comme Fribourg-en-Brisgau, on estime que 10.000 emplois sont liés aux ER. À un niveau national, en Allemagne, le secteur des ER employait en 2006 214.000 personnes [5]. C’est 36% de plus qu’en 2004. Le secteur devrait créer 15.000 emplois supplémentaires en 2007, soit employer au total 230.000. Certains experts estiment que ce secteur des ER sera fort de 400.000 emplois d’ici 2020.
L’Allemagne met donc en place sa transition et passe d’une vieille industrie basée sur une forte consommation d’énergies fossiles à une société moderne à faible contenu carboné, basée sur les énergies renouvelables et un très haut niveau d’efficacité énergétique. Elle entend passer du charbon, du pétrole et du gaz naturel à l’énergie solaire, éolienne, à la biomasse et à l’efficacité énergétique. L’Allemagne s‘est déjà engagée dans sa troisième révolution industrielle. Cette volonté nationale est un exemple mondial. D’autre pays, comme le Japon, l’Inde, ou l’Espagne suivent avec motivation la même voie. L’Inde était, fin 2006, le quatrième producteur mondial d’électricité éolienne derrière l’Allemagne, l’Espagne et les Etats-Unis.

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