Bologne, 10 mars 2006

Combattre l’antisémitisme, le racisme et leurs manipulationsit

Conférence de Dominique Vidal

Pour décrire la récente révolte des quartiers dits « sensibles » en France, certains médias ont parlé d’« Intifada des banlieues ». Cette formule prolonge la thèse, développée depuis quelques années, selon laquelle les jeunes issus de l’immigration auraient « importé » dans leurs quartiers le conflit du Proche-Orient. De même, expliquaient ces journalistes, ils auraient pris l’initiative d’actions violentes contre les Juifs de France. Si bien que notre pays serait à la veille – ou presque – d’une nouvelle Shoah.

18 novembre 2008, par Dominique Vidal
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Autant il convient de déconstruire cette analyse, profondément erronée et manipulatoire, autant il serait absurde de nier le phénomène inquiétant que représente chez nous la poussée du racisme - dont l’antisémitisme - depuis quatre à cinq ans. Pour combattre ce danger bien réel, il importe d’en analyser la nature. Je voudrais vous proposer 5 éléments, à mes yeux importants, pour cette réflexion.

L’ampleur et la nature du phénomène

Organisme respecté, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) publie – entre autres – chaque année un rapport sur le racisme en France [1]. Ce document de plusieurs centaines de pages bénéficie aussi bien de la contribution de l’État (et notamment du ministère de l’Intérieur) que de celle des groupements concernés comme le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et des associations antiracistes (MRAP, LDH, SOS Racisme, etc.).

Avant de donner des chiffres, je tiens à rappeler cette précision de Haïm Musikant, secrétaire général du CRIF, au sujet des violences antisémites : « Comme les plaintes sont mieux considérées qu’autrefois, que la police est plus mobilisée pour retrouver les agresseurs, et la justice pour les condamner, les gens victimes d’agressions hésitent moins à porter plainte ». Ce n’est pas encore le cas, loin de là, des victimes des violences anti-arabes.

Selon les rapports de la CNCDH concernant les « actes de violence » (mieux établis que les « menaces » [2] :

  • En 2002 par rapport à 2001, le nombre d’actes de « violence raciste » a été multiplié par quatre, et, en leur sein, le nombre d’actes antisémites par six ;
  • En 2003 par rapport à 2002, on observe un net reflux des actes antisémites au nombre de 125 (- 36 %) et des autres actes racistes au nombre de 92 (-23 %) ;
  • En 2004 [3], le nombre d’actes antisémites a progressé de 57 %, ce qui représente – écrit le rapport – une « augmentation notable ». Quant au nombre des autres actes racistes, il s’est accru de 83 %, pour atteindre – précise le rapport – un « niveau sans précédent depuis ces dix dernières années » ;
  • En 2005, le ministère Intérieur observe une baisse de 48 % des actes de violence antisémite, alors que les autres actes de violence raciste ne reculent que de 21 %.

Notons aussi cette indication importante du rapport 2005 de la CNCDH 2005 : seuls 34 % des actes antisémites seraient imputables à des « Arabo-Musulmans » : 66 % auraient donc été commis par des « Français de souche ». Dans sa contribution, Jean-Christophe Rufin, pourtant auteur d’un rapport contesté par les militants anti-racistes, estime à « 30 % » le pourcentage d’acteurs « issus de l’immigration, mais pas forcément maghrébine, avec la présence de Noirs et d’Antillais ». Même dans le cas des « menaces antisémites », un quart seulement seraient le fait d’« individus originaires des quartiers sensibles ».

Sur l’identité de ces derniers, le ministère de l’Intérieur apporte également des informations. L’Intifada, estiment les Renseignements généraux, « a conduit nombre de jeunes à afficher une identification avec les combattants palestiniens, censés symboliser les exclusions dont eux-mêmes s’estiment victimes dans la société occidentale ». Mais ils circonscrivent le cercle de coupables, observant qu’il s’agit « très fréquemment d’acteurs originaires des quartiers dits "sensibles", souvent délinquants de droit commun par ailleurs, qui essaient d’exploiter le conflit du Proche-Orient ». Et d’ajouter que ces groupes sont « peu sensibles » aux discours idéologiques.

Nous voici en tout cas très loin de l’« Année de cristal » évoquée en 2002 par Alain Finkielkraut - pour mémoire, au cours du gigantesque pogrom à l’échelle de tout le Reich nazi que fut la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938, 91 juifs furent assassinés, 191 synagogues détruites, 7 500 magasins juifs saccagés et 30 000 juifs déportés… Nous sommes aussi très loin de la « nouvelle judéophobie » attribuée par Pierre-André Taguieff aux militants islamistes, alter-mondialistes ou tiers-mondistes.

Le fait que, dans le tiers de violences antijuives commises par des jeunes issus de l’immigration, la plupart des acteurs soient de jeunes délinquants sans motivation idéologique n’exclut évidemment pas l’incitation que représente, pour eux aussi, l’antisémitisme propre à certaines mouvances islamistes intégristes. Celles-là même qu’ont dénoncées plusieurs personnalités musulmanes, notamment Tariq Ramadan dans sa fameuse tribune du Monde de la fin décembre 2001. Le philosophe écrivait notamment :

« Il faut être honnête et aller jusqu’au bout de l’analyse du phénomène : comme cela se voit à travers le monde musulman, il existe aujourd’hui en France un discours antisémite qui cherche à tirer sa légitimité de certains textes de la tradition musulmane et qui se sent conforté par la situation en Palestine. Ce discours n’est pas uniquement le fait de jeunes désœuvrés ; il est aussi véhiculé par des intellectuels ou des imams qui, à chaque écueil, au détour de chaque revers politique, voient la main manipulatrice du "lobby juif". La situation est trop grave pour se satisfaire de propos de circonstance. Les musulmans, au nom de leur conscience et de leur foi, se doivent de prendre une position claire en refusant qu’une atmosphère délétère s’installe en France. Rien dans l’islam ne peut légitimer la xénophobie et le rejet d’un être humain par le seul fait de sa religion ou de son appartenance. Ce qu’il faut dire avec force et détermination, c’est que l’antisémitisme est inacceptable et indéfendable. Le message de l’islam impose le respect de la religion et de la spiritualité juives considérées comme la noble expression des "gens du Livre” ».

Reste que le niveau élevé des violences antisémites ne reflète aucunement une montée de l’antisémitisme comme courant politique de masse. Les violences, expliquent les rapports de la CNCDH [4], ne semblent pas révéler un comportement de rejet dont seraient victimes les membres de la communauté juive dans l’ensemble de la société française ». De fait, tous les sondages, toutes les enquêtes confirment la marginalisation de l’antisémitisme. Ainsi 89 % des Français considèrent aujourd’hui que « les Français juifs sont des Français comme les autres » (contre 46 % en 1946).

Si les violences anti-juives sont le fait de minorités isolées, on ne peut pas en dire autant des attaques anti-Arabes et anti-musulmanes : elles sont aussi menées par de petits groupes, souvent d’extrême droite, mais qui misent, eux, sur les préjugés d’une partie significative de la population. Car il subsiste un racisme « politiquement correct » anti-arabe et anti-islamique. Deux chiffres symbolisent cet écart : 90 % des Français se disent prêts à élire un président de la République juif (contre 50 % il y a quarante ans) ; mais seuls 36 % voteraient pour un candidat musulman [5].

C’est pourquoi je crois qu’on peut parler de…

Un racisme « politiquement correct », l’islamophobie

En France, le racisme anti-Arabes et anti-musulmans n’a rien de conjoncturel. Il plonge ses racines dans quelques 130 ans de domination coloniale française en Afrique, au Maghreb et, de manière différente, au Machrek. On a vu combien cette histoire restait incroyablement présente dans notre pays, avec le débat sur la loi du 23 février 2005 exigeant des manuels scolaires qu’ils reconnaissent le « rôle positif de la présence française outre-mer », mais aussi en pleine révolte des banlieues, en novembre dernier.

« Chassez le naturel, il revient au galop », dit un proverbe français. Commet ne pas l’évoquer en observant notre Premier ministre Dominique de Villepin recourir, pour fonder juridiquement la pratique du couvre-feu dans les quartiers, à une loi de 1955 ? Pourquoi ressusciter une législation d’exception qui permit, le 17 octobre 1961, le massacre de 200 à 300 manifestants algériens parfaitement pacifiques dans la région parisienne, puis, le 5 mai 1988, l’assassinat de dix-neuf militants kanaques dans la grotte d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie ?

Quand bien même l’inconscient de nos gouvernants n’aurait pas ainsi, tel un lapsus linguae, laissé entrevoir leur univers mental, la simple réalité a suffi, en pleine révolte des banlieues, en novembre 2005, à rappeler brutalement aux mémoires françaises alzheimerisées, les pages noires de cette histoire coloniale. À preuve ce jeune tabassé par des policiers déchaînés, qui furent, la scène ayant été filmée et diffusée à la télévision, mis en examen : sait-on que son père avait été raflé, quarante-quatre ans plus tôt, par la police du préfet Maurice Papon [6].

La haine de l’islam a toujours fait partie intégrante de la propagande coloniale. Relancée par la guerre d’Algérie, entretenue par l’extrême droite et notamment le Front national, elle a été littéralement « réveillée » par les attentats du 11-Septembre et guerre déclenchée par George W. Bush contre ce qu’il appelle depuis quelques mois l’« islamo-fascisme » [7].

Voilà qui explique la recrudescence des violences contres les musulmans et leurs lieux de culte : le dernier rapport de la CNCDH relève que « les menées strictement islamophobes (…) représentent 21 % de la violence raciste globale en 2004 contre 15 % en 2003 et 12 % en 2002 ». Mais, au-delà, cette haine de l’islam ne pouvait pas ne pas avoir d’influence sur l’opinion qu’ont les Français de cette religion, la deuxième du pays par le nombre de fidèles (entre 4 et 5 millions). L’enquête publiée par la CNCDH dans son rapport 2004 révèle une dégradation, récente mais sensible de l’image de l’islam :

  • Si 75 % de Français considèrent les musulmans comme « des Français comme les autres » (contre 89 % pour les juifs), 39 % les jugent « trop nombreux ». Pour 57 %, ils forment un « groupe à part dans la société française » (contre 36 % pour les juifs, 19 % pour les noirs, et 11 % pour les catholiques) ;
  • L’idée de développer des projets tendant à faciliter le culte musulman est rejetée par 47 % des Français (contre 46 % qui sont pour) ; celle de former des imams en France est rejetée par 48 % (contre 40 %) ; celle de construire des mosquées à proximité rejetée par 47 % (contre 26 %) ;
  • Il faut dire que l’expression « religion musulmane » est ressentie comme « négative » par 35 % – 21 % disent la même chose de la religion juive, 17 % du protestantisme et 16 % du catholicisme.

Inutile de souligner qu’on retrouve là aussi les effets du poison déversé par des personnalités comme Oriana Fallaci ? Dans La Rage et l’orgueil [8], ne dénonce-t-elle pas les musulmans qui « au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, passent leur temps, le derrière en l’air, à prier cinq fois par jour », « les fils d’Allah [qui] se multiplient comme des rats », « les mosquées [qui] grouillent jusqu’à la nausée de terroristes ou d’aspirants terroristes » ? Et de s’interroger : « De simples franges extrémistes ? Des simples minorités fanatiques ? Non, mon cher, non. Ils sont des millions et des millions, les extrémistes. Ils sont des millions et des millions, les fanatiques ». Elle écrivait même : « Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de goût »… Interrogé à ce sujet, Alain Finkielkraut répondit que Fallaci « s’efforce de regarder la réalité en face. Elle refuse le narcissisme pénitentiel qui rend l’Occident coupable de ce dont il est victime. Elle prend au mot le discours et les actes des adversaires. Mais, comme elle en a gros sur le cœur, elle va trop loin » [9].

Au-delà de ces deux cas, hélas pas isolés, et quoiqu’on pense de la loi finalement votée par le Parlement français en 2004, il faut reconnaître que le débat sur le port des signes religieux à l’école a été l’occasion de graves dérapages de la classe politique et des médias. De nombreux musulmans ont eu, à juste titre, l’impression que leur religion étaient mise au ban des accusés, présentée comme responsable du terrorisme, de l’antisémitisme et de l’oppression des femmes.

La CNCDH utilise couramment le terme d’islamophobie, mais d’autres s’y refusent. Et il est vrai que la critique de l’islam – comme du judaïsme ou du christianisme – est évidemment légitime. Sauf si, sous couvert de dénoncer tel ou tel aspect rétrograde de la théorie et/ou de la pratique musulmanes, on se sert de l’islamophobie comme d’un cache-sexe du vieux racisme anti-Arabe. Quand, dans un éditorial du Point, Claude Imbert avoue être « un peu islamophobe », on peut estimer qu’il l’écrit pour ne pas s’avouer « un peu anti-Arabe » – c’est d’autant plus choquante que ce journaliste était alors membre du… Haut conseil à l’intégration ! Même notre ex- Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, avait déclaré lors de sa visite à la grande mosquée de Paris : « Je m’inquiète d’une islamophobie qui se développe incidemment dans notre pays ».

Quand la stigmatisation s’ajoute aux discriminations

Cette obsessions de l’islam a atteint son apogée lors de la révolte des banlieues, du 27 octobre à la mi-novembre 2005. Selon certains responsables politiques, relayés par de nombreux médias, il se serait agi d’un complot fomenté par les islamistes. D’autres ont mis en cause la délinquance organisée. Sans parler de ceux qui n’ont pas craint de tomber dans le ridicule en incriminant… la polygamie !

Autant d’élucubrations qui ne résistent pas à l’analyse. La révolte des quartiers, du 27 octobre à la mi-novembre 2005, pose assurément un grand nombre de questions, à ce jour encore sans réponse. Sauf une : nul désormais ne pourra plus nier que le cocktail explosif des banlieues se compose inséparablement d’une crise sociale et d’une crise post-coloniale – ou, si l’on préfère, raciale. C’est même le mélange des deux ingrédients qui le rend particulièrement inflammable. Les jeunes qui ont brûlé véhicules, crèches, écoles, gymnases et magasins – et leurs camarades, majoritaires, qui n’ont rien incendié – subissent de plein fouet l’échec scolaire, le chômage et le désœuvrement dont souffrent tant de jeunes Français, mais aussi ces discriminations réservées aux fils et filles d’immigrés maghrébins et africains.

Et, s’ils y réagissent par une violence dont d’ailleurs les habitants de leurs propres quartiers font les premiers les frais, c’est faute d’espace politique ou associatif leur offrant un autre cadre d’expression. Car la gauche traditionnelle a déserté les banlieues (même si le Parti communiste y conserve des bastions, plus institutionnels que militants) ; l’altermondialisme n’y a pas pris racine ; et les associations autonomes, privées de moyens par le gouvernement Raffarin, restent peu structurées, divisées et le plus souvent coupées d’une jeune génération qui leur reproche vivement leurs échecs. Avant l’apparition du mouvement ouvrier organisé aussi, les « jacqueries » étaient fréquentes…

Paradoxalement, la meilleure analyse de la révolte a été produite par la direction centrale des Renseignements généraux (RG). À en juger par les quelques fuites publiées [10], son rapport de contredit ouvertement les thèses du ministère de l’Intérieur, et traduit une réflexion approfondie sur la réalité des banlieues. Il estime ainsi que qu’« aucune manipulation n’a été décelée permettant d’accréditer la thèse d’un soulèvement généralisé et organisé », et notamment que les groupes islamistes n’ont joué « aucun rôle dans le déclenchement des violences et dans leur expansion ». Il s’est agi, selon lui, d’« une forme d’insurrection non organisée avec l’émergence dans le temps et l’espace d’une révolte populaire des cités, sans leader et sans proposition de programme ». Les RG affirment que « les jeunes des cités étaient habités d’un fort sentiment identitaire ne reposant pas uniquement sur leur origine ethnique ou géographique, mais sur leur condition sociale d’exclus de la société française ». Ils écrivent toutefois aussi : « Les jeunes des quartiers sensibles se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leurs noms. Ceux qui ont saccagé les cités avaient en commun l’absence de perspectives et d’investissement par le travail dans la société française ». C’est pourquoi ils s’inquiètent du risque de « ghettos urbains à caractère ethnique ». Et de conclure : « Il est à craindre désormais que tout nouvel incident fortuit (décès d’un jeune) provoque une nouvelle flambée de violences généralisées ».

Nous voilà au cœur d’un affrontement idéologique en cours depuis plusieurs années. À suivre TF1, Europe1, Le Parisien et même parfois Libération, on pourrait croire que l’islam représente le principal problème de la France contemporaine, et la cause de tous les troubles des cités populaires. En réalité, ce qui, on l’a vu, a mis le feu aux poudres, c’est la stigmatisation de l’islam ajoutée aux discriminations que les jeunes des cités subissent déjà dans tous les domaines : éducation, emploi, salaire, santé, culture. Leur vie quotidienne, c’est en effet la ghettoïsation dans plusieurs centaines de quartiers abandonnés par l’État, les municipalités et bien des services publics – et aussi, je l’ai dit, par les forces les politiques traditionnelles, y compris de gauche.

À quoi ressemble la planète mondialisée ? Deux types de régions s’y côtoient. D’un côté des zones « blanches » qui se développent (Amérique du Nord, Europe, « tigres » asiatiques et certaines grandes villes du tiers-monde) et de l’autre des zones « grises » qui périclitent et souvent s’enfoncent dans des conflits terribles sans que personne n’intervienne (en premier lieu en Afrique).

Toutes proportions gardées, nous subissons la même situation en France, avec des zones « blanches » (les centres des grandes villes) et des zones « grises » (les cités populaires déglinguées). Ceci constitue une atteinte majeure à l’égalité des citoyens qui fonde le contrat républicain. Plus généralement, si « l’intégration » – j’inscris ce mot entre quatre guillemets, tant il est discutable, s’agissant de jeunes citoyens français - est en panne, c’est parce que l’ascenseur social est bloqué.

La société française a « intégré » successivement les juifs, les Italiens, les Polonais, les Espagnols et les Portugais : à l’époque, une bonne formation générale et professionnelle équivalait à une promesse d’emploi sûr, d’accès à un logement correct, de moyens pour fonder une famille et élever dignement des enfants et de la possibilité à devenir citoyens à part entière. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et c’est là l’origine de la poudrière - là et non la religion ou l’« ethnie ».

La nomination d’un « préfet musulman » ne trompe personne. Le problème, c’est sans doute qu’il n’y a pas de préfet musulman, mais pas non plus de député musulman, ni de sénateur musulman. Et j’ajoute presque pas de musulmans dans la haute administration, la haute magistrature ou dans les instances de contrôle.

L’expérience – en France comme ailleurs – montre qu’il est impossible de rattraper ce retard aussi considérable sans mettre en œuvre une politique volontariste. Cette même idée a guidé les inventeurs de la loi pour promouvoir la parité entre femmes et hommes. Pratiquer l’« action positive », ce n’est pas créer des discriminations – même « positives » –, mais contribuer à l’égalité des chances qui fonde le contrat républicain.

La dernière mode dans la classe politique, c’était la danse du ventre pour séduire les Franco-Maghrébins. La droite a promis des postes éligibles sur les listes électorales – promesses qu’elle n’a évidemment pas tenues – et déversé de l’argent sur des centaines d’associations. Mais, pour quelques carrières offertes à des jeunes aux dents longues, combien de dizaines et dizaines de milliers d’autres resteront sur la voie de garage ? Clientélisme et électoralisme ne mèneront pas loin.

Comme le souligne Samuel Thomas, vice-président de SOS Racisme : « En donnant quelques places à des personnes issues de l’immigration, la société s’exonère de la situation dans laquelle elle laisse tous les autres et se sert de ces quelques-uns uns pour démontrer que le système est bon (...). Le rattrapage à faire n’est pas de l’ordre du symbolique ».

La vraie question, au fond, c’est : qui veut-on promouvoir ? Une petite « bourgeoisie » ou la grande masse des enfants de l’immigration ? Une élite blanchie et déislamisée ou des citoyens à part entière avec leur culture, leurs traditions et, pour ceux qui croient, leur religion ? C’est dire qu’il faut opposer un modèle démocratique au modèle élitiste d’un Nicolas Sarkozy – qui conjugue « discrimination positive » en forme de cooptation « méritants » et « discrimination négative » à travers l’instauration de quotas.

Au Parti socialiste, Malek Boutih doublé le président de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) sur sa droite : dans un rapport secret, heureusement enterré, il avait prôné non seulement l’instauration de quotas à l’entrée du territoire français, mais aussi la création dans les pays d’origine de stages obligatoires préalables à l’immigration, la suppression de la double nationalité et du regroupement familial ainsi que la mise en place de cartes de séjour à géométrie variable. Rien d’étonnant si, 13 mai, le quotidien de Le Pen, France d’abord, a salué le « bon sens » de l’ancien président de SOS-Racisme, qui – poursuit le journal – confirme « plus que jamais que la lepénisation des esprits est en marche, sachant que nos compatriotes ne manqueront pas de préférer l’original à la copie » [11].

À ce stade, je voudrais faire une parenthèse sur une question essentielle, directement liée à celle du racisme et de l’antisémitisme…

Histoire et concurrence des mémoires

À lire certaines proclamations exaltées, on pourrait croire que les Gavroche de banlieue se révoltent au rappel des enfumades de Bugeaud, des massacres de Sétif, de ceux de Madagascar ou de la généralisation de la torture en Algérie. Et qu’ils vibrent à l’évocation de la résistance d’Abdelkader, de la bataille de Dien Bien Phu, des attentats du 1er novembre 1954 ou des premières réunions de la Tricontinentale. C’est présumer de leur formation historique. De même que les jeunes Français dits « de souche » ne connaissent guère la Révolution française, la Commune, le Front populaire, la Résistance et même Mai 68, la plupart des enfants de la colonisation n’ont qu’une idée vague de ce que celle-ci fit subir à leurs ancêtres et a fortiori des luttes que ceux-ci menèrent pour s’en délivrer.

En revanche, ils ont pour la plupart conscience que ce passé a existé et que la France « officielle » le nie, le marginalise ou en arrondit les angles : absence de commémorations officielles, « oublis » des manuels scolaires, silence de certains médias – pour ne pas parler de « repentances », apparemment réservées à d’autres – ont dépossédé les Français maghrébins et africains de leur histoire. Il aura fallu attendre les années 1990 pour qu’enfin, par bribes, la vérité se fraye lentement un chemin.

La thèse du pamphlet intitulé Les Territoires perdus de la République [12] est connue : il serait devenu impossible d’enseigner la Shoah dans certains collèges et lycées – en raison de l’antisémitisme des jeunes issus de l’immigration, sur fond d’Intifada palestinienne. Outre qu’elle généralise abusivement des faits qui ne le sont pas, cette affirmation comporte un contresens, éclairé par l’enquête réalisée dans l’ensemble de l’Académie de Versailles [13] : les réactions provoquées par les cours consacrés au génocide des juifs s’expliquent moins par le rejet de ceux-ci que par l’absence de cours sur d’autres grandes tragédies de l’histoire, en premier lieu la traite et l’esclavage des Noirs ainsi que les guerres coloniales, censure naturellement vécue comme discriminatoire par nombre de jeunes issus de l’immigration.

« On ne peut pas tout mettre dans le même sac », répondent certains. Certes, mais qui propose une telle confusion ? Ce que les nazis ont fait aux juifs et aux tziganes constitue un génocide sans précédent : par son ampleur et son caractère industriel, mais aussi et surtout parce que, comme l’a écrit l’historien allemand Eberhard Jäckel – « jamais encore auparavant un État n’avait décidé et annoncé, sous l’autorité de son responsable suprême, qu’un certain groupe humain devrait être exterminé, si possible dans sa totalité, [...] décision que cet État a, ensuite, appliquée avec tous les moyens à sa disposition » [14].

Il convient évidemment de l’expliquer aux élèves tout en soulignant que, paradigme des génocides, la Shoah s’inscrit dans la longue histoire de ces derniers, bref que, pour reprendre la superbe formule de Paul Ricœur, « les victimes d’Auschwitz sont, par excellence, les délégués auprès de notre mémoire de toutes les victimes de l’histoire » [15]. Mais en quoi tout cela interdit-il de leur enseigner aussi, par exemple, les horreurs de la colonisation ? Et, sous prétexte de ne pas tracer un signe d’égalité entre le génocide nazi, l’esclavage et le massacre de centaines de milliers d’Algériens, faut-il considérer la souffrance que ces derniers provoquent chez un jeune Noir ou un jeune Maghrébin comme inférieure à celle d’un jeune juif face à la Shoah ?

Hélas, cette scandaleuse hiérarchie des traumatismes ne relève pas de l’imagination. Enquêtant en 2004, pour Manière de voir, la revue bimestrielle du Monde diplomatique, sur le traitement des génocides dans les manuels scolaires, Maurice T. Maschino est tombé sur cette perle du manuel de terminal de Belin : « Avec une minuscule, génocide désigne l’extermination volontaire et systématique d’un peuple. Avec une majuscule, il désigne plus précisément le génocide des juifs et des tsiganes perpétré par les nazis » [16].

De telles aberrations expliquent la rage d’un Dieudionné. Elles ne la justifient pas pour autant. Car, au lieu d’exiger des manuels scolaires comme des médias qu’ils donnent toute leur place à chacun des grands drames de l’histoire de l’humanité, voilà l’« humoriste » qui fonce tête baissée dans le piège tendu et oppose les uns aux autres, flirtant, qui plus est, avec l’antisémitisme pour dénoncer la « pornographie mémorielle » [17]. Il y a quinze ans, le chercheur belge Jean-Michel Chaumont avait magistralement analysé cette dérive, dans La Concurrence des victimes [18] – qu’il incitait à combattre en veillant à traiter de tous les grands massacres et à toujours insister sur leurs leçons universelles.

À cette invite, j’ai personnellement répondu, tout au long de la « tournée des villes et des banlieues » à laquelle j’ai participé aux côtés de Leila Shahid, alors déléguée générale de Palestine en France [19], et de Michel Warschawski, militant anti-colonialiste israélien. Un grand nombre des quarante-cinq rencontres organisées lors de cette initiative se tinrent en banlieue, où, fréquemment, des jeunes posèrent la question du traitement respectif du génocide nazi et des autres tragédies de l’histoire. Une idée a particulièrement retenu leur attention : au-delà de la spécificité de chacune, toutes ces horreurs ont pour principe fondateur l’insupportable proclamation de la supériorité d’une race sur les autres, commune à toutes les « missions civilisatrices », a fortiori génocidaires…

J’en viens maintenant au cinquième et dernier point de cette conférence.

Comment combattre le racisme ?

Il ne s’agit pas là d’un débat de chercheurs ou d’intellectuels. L’analyse de la réalité des racismes est décisive pour bien lutter contre eux. Si le diagnostic n’est pas bon, il y a de fortes chances que l’ordonnance soit mauvaise.

Quelle est mon ordonnance ? À chacun ses responsabilités. L’État a les siennes, mais le mouvement social aussi.

À l’État incombe la recherche des coupables – et à la justice leur condamnation. Au gouvernement revient la responsabilité de protéger les victimes de tous les racismes et la création des conditions économiques et sociales qui permettront de résorber les fossés creusés au sein de la société française.

Mais le mouvement social ne saurait se décharger simplement de toute responsabilité et s’en remettre à l’État. Il lui faut notamment :

  • Mobiliser les forces démocratiques aux côtés de toutes les victimes, et contre tous les racismes (anti-Juifs, anti-Arabes, anti-Noirs, sans oublier de lutter contre le racisme anti-Tziganes, le pire, parce que le plus commun et dont on parle le moins) ;
  • Mais aussi et surtout faire pression sur les autorités pour modifier en profondeur le terreau même : les conditions de vie et de travail des millions de Français défavorisés, notamment ceux des banlieues, issus ou non de l’immigration.

Dans cette bataille, l’impératif essentiel, c’est l’alliance entre les jeunes des cités et l’ensemble des forces de renouveau, en premier lieu les altermondialistes. Il sera décisif de dépasser les prétendues divisions entre « Français de souche » et « immigrés » pour bâtir un front commun de toutes les victimes du néolibéralisme.

La construction d’une telle alliance s’avère une tâche difficile en raison de sa nouveauté, des préjugés de part et d’autre (qu’il faudra lever) et des pressions de la classe politique et médiatique. Mais de toutes les façons, nous n’avons pas le choix : les jeunes des cités ne changeront pas de vie sans appui ni alliés ; et le mouvement progressiste et altermondialiste ne progressera pas durablement sans aller à la rencontre des jeunes des cités. Y compris dans le combat pour une solidarité avec le peuple palestinien et pour une paix juste au Proche-Orient.

Cela m’amène à une autre réflexion, qui concerne les alliances, leur urgente nécessité, la difficulté aussi de les nouer et la nature des défiances qui s’expriment. La polémique développée par certains autour de la personnalité de Tariq Ramadan et de sa participation au Forum social de l’automne 2003, visait à mon sens, en réalité, les liens qui avaient commencé à se tisser entre, d’un côté, les mouvements des jeunes issus de l’immigration et, de l’autre, la gauche et l’extrême gauche traditionnelles. Ce qui se joue ici, ce sont les bases et les modalités de l’alliance nécessaire pour changer la société.

Sur quels critères la constituer ? Elle suppose d’abord une volonté d’ouverture sur la société et non de repli sur on ne sait quelle « communauté ». Ensuite, elle implique une véritable bataille contre les discriminations, contre la ghettoïsation, pour l’égalité des chances et des droits, laquelle ne peut devenir un objet de marchandage et de compromissions comme l’actuel ministre de l’Intérieur rêve de le faire. Troisième critère : les alliances passées et les actions menées doivent se construire – en France en tout cas – dans le respect de la légalité républicaine, étant entendu que la démocratie autorise tout un chacun à critiquer les lois. Quatrième critère : les alliances supposent, de la part des partenaires, non seulement le respect réciproque, mais la pleine égalité de droits et de devoirs dans la définition et la mise en œuvre des objectifs – et non la définition d’exigences par une seule des parties, les autres devant s’y soumettre ou se démettre.

Une fois ce cadre défini, se pose effectivement la question de l’islam et du rapport à l’islam. On peut comprendre qu’un certain nombre de militants laïcs, héritiers de traditions et de pratiques républicaines, puissent formuler inquiétudes et critiques des quant à tel aspect, telle tendance ou telle évolution de tel courant islamique. il y a là matière à débat légitime. Mais il serait dommageable que ces préventions les empêchent de mesurer les aspects positifs des valeurs propres à l’islam telles que ces jeunes les définissent, les vivent, les revendiquent, et sur le fait que celles-ci peuvent constituer des motivations profondes les conduisant à des batailles communes, pour le droit, pour la justice, en alliance avec les altermondialistes et même en leur sein.

Beaucoup de militants laïcs oublient à cet égard la tradition d’alliances entre le mouvement ouvrier et les chrétiens, sur la base de valeurs susceptibles de fonder des convergences de lutte. Et pourtant ils avaient salué dans le concile Vatican II – dont on peut se demander si les acquis ne sont pas aujourd’hui gravement remis en cause – des ouvertures importantes, non pas seulement sur quelques points, mais sur des conceptions fondamentales. De ce point de vue, le bilan contradictoire du pontificat de Jean Paul II reste à faire. D’un côté, sa dimension profondément réactionnaire sur nombre de questions, en particulier celles relevant des mœurs – avec des conséquences graves sur la prévention du sida, et ce en particulier dans le continent africain. Mais aussi, de l’autre, une intervention positive, notamment en ce qui concerne la dénonciation de la guerre, qu’il s’agisse de la guerre du Golfe de 1991 et de l’intervention contre l’Irak ou encore de la politique israélienne en Palestine. Même la fin du communisme, pour laquelle Jean Paul II a beaucoup lutté, ne l’a pas empêché de dénoncer l’avènement d’un capitalisme sauvage et donc inhumain.

Sauf à entrer dans des logiques islamophobes, il y a donc quelque chose d’intellectuellement absurde à refuser la discussion avec des militants musulmans, en mettant en avant la figure de Tariq Ramadan, qui peut exprimer sur certaines questions des idées parfois différentes des nôtres, mais qui se bat comme nous, sur le terrain économique et social, contre la ghettoïsation et les discriminations, pour l’égalité des droits et des chances. Quant à l’accusation d’antisémitisme lancée contre lui, elle relève de la diffamation pure et simple, s’agissant d’un responsable musulman qui a dénoncé clairement toute forme – y compris musulmane, on l’a vu – de racisme anti-juif. Ce qui doit primer, en matière d’alliance, n’est-ce pas le combat commun ? Il y a quelque chose d’absurde et même de politiquement suicidaire à participer à une diabolisation en forme de message aux milliers de jeunes qui se reconnaissent en Tariq Ramadan : ce serait leur signifier qu’on ne veut pas d’eux. De la même façon qu’il serait absurde de ne pas voir qu’il existe aussi nombre de jeunes laïcs issus de l’immigration et qui se revendiquent de cette laïcité. L’affaire du voile, c’est vraiment l’arbre qui a caché la forêt...

J’ajoute enfin que, pour créer les conditions du rassemblement le plus large, chacun doit balayer devant sa porte. Le mouvement anti-guerre, par exemple, ne peut plus accepter que des porteurs de kippa soient attaqués en marge d’une manifestation pacifiste ; ni relayer les articles antisémites de l’« écrivain » israélien Israël Shamir sous prétexte qu’il critique radicalement son pays ; ni tolérer de voir l’étoile de David figurer aux côtés de la croix gammée – comme si les Palestiniens, aussi tragique que soit leur sort, pouvaient être comparés aux millions de Juifs, de Tsiganes, de malades mentaux et de Slaves victimes du génocide nazi.

De même, il est plus que temps que les défenseurs de l’action du gouvernement Sharon renoncent à présenter quiconque critique celle-ci comme antisémite. Cette campagne menée depuis cinq ans vise à influencer à la fois les Juifs, les médias et, en dernier ressort, la politique France Proche-Orient. Et tous les moyens sont bons : des articles diffamatoires dans la presse communautaire, des sites Internet répugnants, des manifestations devant le siège des médias, des violences du Betar et de la Ligue de défense juive, et, nouveauté, des procès en série contre des journalistes et des chercheurs jugés trop critiques… Tous ces procès ont été perdus, sauf un : le grand sociologue Edgar Morin a été condamné, en raison d’un article paru dans Le Monde et dénonçant la politique d’Ariel Sharon, pour « incitation à la haine raciale », alors qu’il s’agit d’un intellectuel juif engagé de tout temps dans le combat contre l’antisémitisme. Je le dis comme je le pense : le juge qui l’a condamné s’est déshonoré...

Toute cette propagande a réussi à accroître le malaise d’une partie des Juifs français, en particulier ceux venus d’Afrique Nord, mais elle n’a pas ébranlé la grande masse des autres Français. Longtemps pro-israélienne, notre opinion publique a commencé à évoluer avec la guerre du Liban et les massacres de Sabra et Chatila (1982), et surtout avec la première Intifada (1988). Désormais, elle souhaite, à plus de 80 %, la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, et, sur les principaux dossiers de la négociation, elle soutient majoritairement les thèses palestiniennes.

Quant aux médias, chacun est libre d’apprécier leur évolution. Certaines rédactions semblent devenues plus prudentes, notamment dans la couverture des violences de l’armée israélienne contre la population palestinienne – elles rendent plus largement compte des attentats kamikazes et de leurs victimes [20]. Mais, globalement, il me semble que les journalistes français maintiennent une approche plutôt équilibrée du conflit.

A contrario, l’échec de cette offensive confirme les immenses possibilités de développement du mouvement pour une paix juste au Proche-Orient. À condition d’unir – sans distinction d’opinion, d’origine et de confession – tous ceux qui veulent en finir avec ce conflit sanglant.

Au printemps 2002, une centaine d’intellectuels et d’artistes arabes rédigèrent une pétition contre les violences antisémites. Je voudrais vous en lire la fin, tant elle reste d’actualité : « Nos partenaires et nos partisans les plus précieux sont les Israéliens et les juifs qui œuvrent aux côtés des Palestiniens contre l’occupation, la répression, la colonisation, et pour la coexistence de deux États souverains palestinien et israélien. Un bon nombre d’entre eux ont une histoire familiale tragique, marquée par l’Holocauste. À nous de leur rendre hommage et de les rejoindre sur cette ligne de crête qui consiste à savoir quitter la tribu quand il s’agit de défendre des droits et des libertés universels ».

Et ils concluaient avec cette phrase sur laquelle voudrais moi aussi terminer : « Ne tombons pas dans le piège de Sharon, ne nous trompons pas de combat, l’insulte contre un juif ou un Arabe, c’est la même ».


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Dominique Vidal

Dominique Vidal

Historien, essayiste et journaliste au “Monde diplomatique”, où il a été rédacteur en chef adjoint jusqu’en 2006 et où il est responsable de toutes les éditions étrangères. Spécialiste du Proche-Orient et de la question israélo-palestinienne.


Notes

[1] Documentation française (Paris) et site web : www.commission-droits-homme....

[2] La catégorie « menace raciste » est un fourre-tout qui inclut aussi bien un courriel d’insulte qu’une lettre anonyme ou un graffiti sur la voie publique.

[3] Op.Cit.

[4] La Documentation française, Paris.

[5] Voir respectivement Nonna Mayer, « La France n’est pas antisémite », Le Monde, 4 avril 2002, et l’enquête sur « L’islam en France » réalisée par Artenice Consulting, avril 2004.

[6] Lequel, six décennies auparavant, faisait arrêter et déporter les juifs de Bordeaux. On se demande d’ailleurs combien de « rafleurs » de 1961 jouaient déjà ce rôle en 1942…

[7] Le Monde, 8 octobre 2005.

[8] Plon, Paris, 2002.

[9] Le Poin, le 24 mai 2002.

[10] Cf. Le Monde, 8 décembre 2005.

[11] 12 mai 2005.

[12] Mille et une nuits, Paris, 2004.

[13] Lire Benoît Falaize, « Peut-on encore enseigner la Shoah ? », Le Monde diplomatique, mai 2004.

[14] Die Zeit, Hambourg, 3 octobre 1986.

[15] Paul Ricœur, Temps et récit. III. Le Temps raconté, Seuil, Paris, 1985.

[16] Lire « Les génocides dans les manuels scolaires », Manière de voir, n° 82, « Pages d’histoire occultées », août-septembre 2005.

[17] Auteure de La Nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël (La Découverte, Paris, 2004), Idith Zertall a démenti avoir utilisé cette formule, que Dieudonné lui attribuait.

[18] La Découverte, Paris, réédition 2002.

[19] Elle a été nommée depuis en Belgique et auprès de l’Union européenne.

[20] En quatre ans, Israël a perdu 1.000 des siens et la Palestine 3.500, soit, rapportés à la population de la France, l’équivalent de 10.000 et 70.000 morts !

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