Transports privés, publics de personnes, explosion de la mobilitéit

La voiture est un véritable objet de différenciation, porteur de mode et de fantasmes… au détriment de notre santé, des autres modes de transport et de la planète. Cette situation ne peut ni s’étendre, ni même perdurer. Nos mentalités et nos comportements doivent changer, rapidement. Panorama et solutions.

14 juillet 2007, par Anne Rialhe
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Se déplacer

Aller chercher l’eau au puits et le bois pour la cuisine à pied, emmener ses enfants à l’école en métro, aller cultiver son champ avec son cheval, aller au bureau en vélo, aller voir des amis en train… se déplacer fait partie du quotidien de toute personne. Mais, à l’inverse de ce que pourrait laisser croire ces exemples, les pays « développés » consomment de plus en plus de transport motorisé : en voiture individuelle pour aller à l’école, au travail et faire ses courses ; en avion pour les affaires et les loisirs. Et qui dit transport motorisé dit énergie du pétrole et de ses dérivés, ainsi qu’émissions de gaz à effet de serre venant renforcer le changement climatique.

Une mobilité très inégale

Le transport mondial représente 1 975 Mtep (million de tonne équivalent pétrole) par an, soit 26% des consommations d’énergie. Si la consommation moyenne de transport est de 0,32 tep/hab (tonne équivalent pétrole par habitant), les consommations sont très variables d’un continent à un autre : un Français consomme 0,88 tep, un Américain du Nord 2,21 tep, un Africain 0,07 tep. Or la mobilité motorisée, telle que nous la pratiquons dans les pays « développés », n’est soutenable ni pour la planète ni pour la société. Nous sommes drogués au transport motorisé : il représente 90% du transport de passagers.
En France, de 1973 à 2004, le parc de voitures a plus que doublé, de 14,3 à 29,9 millions de véhicules, alors que la population n’a augmenté que de 14%. Aujourd’hui en France, 80% des ménages ont une voiture, 30% en ont au moins deux. Mais la palme de la croissance revient au transport aérien, avec 237% de croissance de 1973 à 2004. Cette croissance est due au développement des voyages d’affaires, de loisirs et à la libéralisation du marché, qui par la création des compagnies à bas coûts a démocratisé ce mode de déplacement [1].

La face noire des transports

Notre boulimie de transports motorisés asphyxie la planète et a trois conséquences :

  • Le transport motorisé est dangereux. Nous l’oublions trop souvent, considérant les accidents du transport comme une fatalité. Pourtant, en 2004, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a qualifié le transport de « drame sanitaire de premier plan » [2], avec 3 000 morts par jour, et qui plus est à 90% dans les pays pauvres de la planète (or ceux sont eux qui ont le moins de déplacements motorisés…).
  • Il exclut les autres modes : il supporte mal la cohabitation avec les piétons, les vélos et les transports collectifs. Il les oblige à se protéger (réalisation de trottoir, de piste cyclable, de site propre), voire à s’enterrer (métro).
  • Il modèle l’espace vers des villes peu denses, très étalées. L’exemple le plus net est celui des villes américaines de la côte ouest (avec des densités de moins de 25 habitant/hectare et consommations en transport de plus de 1,5 tep/habitant). A l’opposé, se situent les villes asiatiques, dont Hong-Kong est le symbole (densité proche de 350 hab/ha et consommation de l’ordre de 0,1 tep/hab). Cette question de l’urbanisme est cruciale, car il faut du temps pour modeler un urbanisme. Les choix faits aujourd’hui en France, de laisser se rurbaniser les zones agricoles, outre la destruction des terres agricoles et les nouvelles infrastructures routières pour travailler « à la ville », font peser une lourde menace sur les ménages qui doivent financer deux voitures, étant donnée la tendance à la hausse du cours du pétrole.

Enfin, et c’est peut-être ce qui déclenchera une réaction, ses émissions de gaz à effet de serre sont estimées à 5 090 MTCO2 (millions de tonnes, en 2004), soit 21 % des émissions globales de CO2 [3].

Que peut-on faire ?

La modification des habitudes de transport est nécessaire. Voici quelques pistes.

  • On peut diminuer la taille des voitures : pourquoi acheter une berline dimensionnée pour les vacances, alors que dans l’usage quotidien un déplacement urbain sur deux est inférieur à trois kilomètres ? Ce choix est d’autant plus facile qu’aujourd’hui des systèmes de partage de voiture (auto-partage) se mettent en place [4], avec des tarifs attractifs.
  • Il faut retrouver les modes dits doux que sont le vélo et la marche à pied ! On l’oublie, mais vélo et voiture ont des vitesses urbaines sensiblement égales, environ 18 km/h [5], le premier se riant des embouteillages et des problèmes de parking. La marche à pied, certes plus lente, est la réponse aux petits trajets. Et… c’est un bon moyen pour recréer du lien social et pour lutter contre le surpoids et l’obésité, en particulier chez les enfants.
  • Les trajets obligés, comme les trajets domicile-école doivent être réalisés par des modes moins polluants : c’est le principe du bus pédestre (ou Pédibus®). Développé par exemple en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, sur le Parc naturel régional du Vercors, le bus pédestre est organisé comme un classique ramassage scolaire avec arrêts et points de passage fixes : un adulte à l’avant, un adulte à l’arrière et des enfants qui marchent au milieu, entre chez eux et l’école. Outre les avantages énergétiques, les modes doux recréent du lien social et sont bénéfiques à la santé.
  • Pour les vacances, il faut aussi privilégier les modes doux et le train, de préférence à l’avion. L’augmentation du trafic aérien (du fait notamment des offres des compagnies à bas coût) est insupportable pour la planète. L’équilibre du climat demande de ne pas dépasser 1,8 tCO2 par personne et par an tous besoins confondus, or un aller-retour [6] Lyon–Tunis émet déjà 0,64 tCO2 et un Paris–Bangkok 4,16 tCO2. Une solution que nous préconisons, pour tout déplacement en avion, est la compensation des émissions de CO2, en abondant un fond, pour de la reforestation, par exemple. De même, les voyages d’affaire longue distance qui ne peuvent être réalisés qu’en avion seront compensés. Après s’être bien sûr assuré que ce déplacement ne peut pas être remplacé par une visioconférence !

P.-S.

Complément

Voir aussi l’article : Transport de marchandises par Anne Rialhe

Voir aussi la carte : Prévisions mondiales de la demande de transports routiers par Philippe Rekacewicz JPEG

Bibliographie

  • Les chiffres clés de l’énergie, Observatoire de l’Energie.

Sitographie


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Anne Rialhe

Anne Rialhe

Ingénieur. Directrice du bureau d’études AERE (Alternatives pour les Energies Renouvelables et l’Environnement) depuis 2001. Elle a travaillé sur les transports du scénario "Négawatt". Co-auteur de l’ouvrage "Quatre outils français d’analyse de la qualité environnementale des bâtiments. Mise en œuvre et comparaison", Collectif coordonné par A. Rialhe et S. Niebel, Ed. PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture), (...)


Notes

[1] Source : série Les chiffres clés de l’énergie, Observatoire de l’Energie

[2] Source : “Le Monde”, 7 avril 2004, et le site de l’OMS.

[3] Source : Réseau Action Climat (RAC).

[4] Voir par exemple le site “Auto’trement”, avec des auto-partages à Grenoble, Lyon, Marseille.

[5] Source : site de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME).

[6] Calcul de l’Alternatives pour les Energies Renouvelables et l’Environnement (AERE) à partir des données du Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarités (GERES). Voir le site CO2Solidaire.

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